Il y a quelque chose de particulier à ouvrir les yeux un matin d’hiver dans une yourte.
Dehors, la neige recouvre le sol. Le froid s’est installé pendant la nuit et le monde semble soudain plus silencieux. À l’intérieur, tout est différent d’une maison traditionnelle. On entend davantage le vent, le crépitement du feu, les changements de température. On devient attentive à ce qui nous entoure.
Je possède ma yourte mongole depuis maintenant huit ans, et j’y ai vécu trois années à temps plein. L’hiver est probablement la saison qui m’a le plus appris sur cette façon de vivre.
Une habitation venue de Mongolie
Une véritable yourte mongole n’est pas simplement une tente ronde.
Sa structure est pensée depuis des générations pour créer un espace de vie solide, chaleureux et rassembleur. Les murs en treillis de bois, les perches qui rejoignent la couronne centrale et les différentes couches qui entourent la structure donnent à la yourte son caractère si particulier.
À l’intérieur, il n’y a pratiquement pas de pièces séparées. Tout se passe dans un même espace.
On cuisine, on se repose, on regarde le feu et on vit beaucoup plus près les uns des autres. Cette simplicité change notre manière d’habiter.
En hiver, le feu devient le cœur de la maison
Quand la température descend, le chauffage prend évidemment une place importante.
Dans une yourte, on ne règle pas simplement un thermostat avant d’oublier le chauffage pour le reste de la journée. On apprend à connaître son espace, son poêle et les variations de température.
Le feu devient une présence.
On l’alimente, on l’observe et on organise parfois sa journée autour de lui. Lorsque le froid est intense, cette chaleur au centre de la yourte donne une impression de refuge difficile à expliquer tant qu’on ne l’a pas vécue.
Il peut faire très froid dehors et pourtant, à l’intérieur, on se retrouve dans un petit univers chaleureux entouré de neige.
Le matin nous rappelle où nous vivons
Les matins d’hiver ont leur propre personnalité.
Après une nuit très froide, il faut parfois remettre de la chaleur dans la yourte. C’est à ce moment qu’on réalise à quel point la vie moderne nous a éloignés de certaines réalités simples.
Le froid n’est plus seulement quelque chose qu’on regarde par la fenêtre.
Il fait partie de notre quotidien.
On apprend à prévoir, à garder ce dont on aura besoin à portée de main et à ne pas gaspiller l’énergie. On devient aussi beaucoup plus consciente de la météo.
Dans une maison conventionnelle, on peut parfois traverser une journée sans même remarquer la direction du vent.
Dans une yourte, le vent se fait entendre.
Vivre avec moins
C’est probablement l’une des grandes leçons que m’a apportées la vie en yourte.
L’espace est limité. Il faut donc choisir.
Chaque objet doit avoir sa place et, idéalement, son utilité. Accumuler devient beaucoup moins intéressant lorsqu’on vit dans un espace rond où tout est visible.
Avec le temps, on découvre qu’on a besoin de beaucoup moins de choses qu’on le pensait.
Et curieusement, ce qui pourrait sembler être une contrainte apporte aussi une certaine liberté.
Moins d’espace à remplir.
Moins d’objets à gérer.
Plus de place pour vivre.
L’hiver n’est pas toujours romantique
Je pourrais vous parler uniquement du feu qui crépite, de la neige autour de la yourte et des magnifiques matins d’hiver.
Mais ce ne serait pas raconter toute l’histoire.
La vie en yourte demande de l’organisation.
Il faut penser au chauffage, au bois, aux tempêtes, aux accumulations de neige, à l’eau et à toutes ces petites choses qu’une maison conventionnelle rend beaucoup plus faciles.
Il y a des journées où le froid est difficile.
Il y a des moments où sortir dehors pour accomplir une tâche nécessaire demande un peu de courage.
Et il y a des matins où l’on se demande pourquoi on a choisi cette façon de vivre.
Puis le soleil apparaît entre les arbres, la neige commence à briller et le silence revient.
Et on se rappelle pourquoi.
Une autre relation avec la nature
C’est probablement ce que j’aime le plus.
La yourte ne nous sépare jamais complètement de la nature.
On entend la pluie.
On entend les oiseaux.
On entend les tempêtes.
On remarque les premières neiges, le retour du soleil et les changements de saison beaucoup plus rapidement.
L’hiver n’est plus simplement une saison qu’on traverse en attendant le printemps.
Il devient une expérience.
Ce que ma yourte m’a appris
Après huit ans avec ma yourte, dont trois années à y vivre à temps plein, je ne regarde plus une habitation de la même façon.
Une maison n’est pas seulement une question de superficie ou de confort.
C’est aussi l’endroit où l’on se sent chez soi.
Ma yourte m’a appris la simplicité, l’adaptation et le respect des saisons.
Elle m’a aussi appris qu’il est possible de vivre autrement.
Pas nécessairement mieux pour tout le monde.
Mais autrement.
Et lorsque je me retrouve à l’intérieur pendant une froide journée d’hiver, entourée de cette structure venue de Mongolie, avec le feu qui chauffe doucement l’espace et la neige tout autour, je ressens encore cette même impression :
celle d’être exactement là où je dois être.
Carmen Mercier — La Fille du Nord
Découvertes • Plein air • Yourte • Authenticité
